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Loading... D’une dictature à l’autre
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Propos recueilis par Pierre Bratschi, Buenos Aires - Fernando Solanas est confortablement installé dans un fauteuil en cuir râpé, il sirote un maté, cette boisson amère qu’affectionne particulièrement les Argentins. Pour atteindre son salon, plus proche de la forêt amazonienne que du living Ikéa, il aura fallu traverser nombre de pièces remplies d’appareils de montage, de bobines de film et de dvd. La maison de Pino, comme le nomme affectueusement ses compatriotes, c’est son atelier, sa salle de montage, son lieu de réception. Pino, donc, longs cheveux blancs tirés en arrière, l’œil vif et un brin malicieux s’exprime dans un excellent français, exil à Paris oblige. Deux films seront offerts aux festivaliers de Filmar en Amercia Latina : « Tango l’exil de Gardel » réalisé en 1985 et « El Sur » datant lui de 1988. « Tango, l’exil de Gardel » est un film sur l’exil, c’est un peu votre histoire ? Un peu, oui. Lorsqu’en 1976 le coup d’état renverse le gouvernement d’Isabel Peron, j’ai du fuir le pays car comme péroniste de gauche notoire j’étais dans la ligne de mire de la junte militaire. Je me suis donc installé à Paris où j’ai connu les souffrances de l’exil, parce que mon pays me manquait d’une part, et d’autre part parce qu’en tant que péroniste j’étais totalement incompris par la gauche française. J’ai donc vécu un exil culturel qui m’a empêché de travailler, et ça j’en ai particulièrement souffert. « Tango, l’exil de Gardel », c’est donc l’histoire d’artistes argentins qui montent un spectacle pour palier ce manque affectif qui vous tenaille lorsque vous êtes loin de vos racines. Mais je n’ai pas voulu montrer qu’une histoire d’exilés en manque de leur pays, je voulais aussi que le spectateur se fasse sa propre représentation de la dictature. Vous définissez votre film comme une tanguédie. Qu’est que ça signifie ? C’est une combinaison de tango+tragédie+comédie, une représentation de la tragicomédie que vivent les exilés Argentins qui cherchent à s’intégrer et à introduire leur culture dans un milieu eurocentrique. Mais c’est également une musique, celle qu’Astor Piazzola a composée pour ce film et qui a grandement contribué au succès du film (César de la meilleure musique de film en 86, grand prix de la meilleure musique original au festival de la Havane en 85). Dans votre autre film « El Sur » la musique a également une grande importance. Oui, la musique de Piazzola ayant de nouveau fait des merveilles. La chanson « Vuelvo al Sur » a fait le tour du monde et donné un formidable retentissement au film. Encore un film inspiré par la terrible épreuve de la dictature. Après la dictature la société argentine était partagée, voire déchirée, entre le désir de justice et celui de passer à autre chose. 25 après, ce débat existe toujours, en effet une grande partie de la société argentine estime que la politique des droits de l’homme du président puis de la présidente Kirchner est inutile et ne fait que rouvrir une blessure qui devrait être cicatrisée depuis longtemps. Dans « Sur », c’est un peu ce que retrouve cet homme qui sort de prison après avoir passer 5 ans dans les geôles des militaires. Il prend le chemin vers le sud pour retrouver sa femme Rosi et son petit garçon. Mais après toutes ces années, bien des choses ont changé. Ses amis sont morts, sa femme l’a trompé, l’armée a laissé le pays en ruine. Il faudra tout reconstruire et l’histoire le prouvera, ça ne sera pas facile. Les militaires rendent la vie impossible au premier président post dictature Raoul Alphonsin. Le second, Carlos Menem devra se plier à l’ultra libéralisme des années 90. Enfin le troisième, Fernando de la Rua, terminera prématurément son mandat en 2001 suite à la plus grande débâcle économique de l’histoire de l’Argentine. C’est d’ailleurs cette débâcle qui vous inspire depuis quelques années ? Oui, l’ampleur du traumatisme causé par cette catastrophe est sans précédent. Toute la société en a souffert, il n’y a pas une famille qui n’ait pas été touchée, un peu comme par la dictature. A la différence de la dictature, cette fois-ci j’étais présent et sur place. J’ai donc voulu montrer aux habitants de ce pays une réalité qu’ils ne verront jamais à la télévision ou dans les médias officiels, le documentaire me paraissait cette fois la forme la plus adéquate. J’ai alors entrepris la réalisation d’une série de cinq documentaires qui a commencé avec « Mémoire d’un saccage » en 2004. Celui qui vient de sortir en septembre, « La dernière gare », est le quatrième de la série et parle du démantèlement des trains en Argentine. Dans les années 90, Menem avait privatisé tout ce qui n’était pas rentable pour l’état, dont le chemin de fer. Aujourd’hui le train coûte trois fois plus cher en subvention, des centaines de villes sont abandonnées, et le trafic routier connaît une ascension vertigineuse. L’histoire évolue peu, nous sommes passés d’une dictature militaire sanglante à une dictature économique sans pitié. Voir en ligne: Festival Filmar en America Latina
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