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Loading... Génocide rwandais : la France accusée
Le Temps
Colette Braeckman/Le Temps - Les sept membres de la Commission nationale indépendante chargée de rassembler des éléments démontrant l’implication de l’Etat français dans la préparation et l’exécution du génocide se disent eux-mêmes surpris de « l’étendue et de la gravité » des faits qu’ils ont ramenés au jour, au terme de dix-huit mois d’auditions, d’enquêtes sur le terrain et de déplacements en Belgique, en France, en Tanzanie. Les membres de la Commission Mucyo, du nom de l’ancien ministre rwandais de la Justice qui a dirigé les travaux n’ont pas ménagé leur peine : ils ont décrypté toutes les publications disponibles, livres, articles, reportages mais surtout les rapports publiés par la commission d’enquête du Sénat belge et, en France, par la Mission d’information parlementaire dirigée par Paul Quilés. Mais surtout, la commission s’est entretenue avec 698 personnes ! Au Rwanda même, la commission a recueilli des témoignages de première main, démontrant comment les militaires français ont mis au point la « défense civile », prenant en main l’entraînement militaire et la formation politique des miliciens. Instruction à charge La Commission dévoile aussi la face cachée de l’opération Turquoise, présentée comme une opération humanitaire et lancée en juin 1994 : l’objectif premier des militaires engagés était moins de sécuriser les Tutsis survivants que de barrer la route au Front patriotique rwandais (FPR) et, une fois confirmée la défaite des forces gouvernementales, de convoyer civils et miliciens vers le Kivu voisin (Congo), afin d’y reconstituer des forces hostiles au nouveau régime. Ce qui finira par déstabiliser toute la région… Sans aucun doute, les membres de la commission, nommés par arrêté présidentiel, avaient pour mission d’instruire à charge et de défendre une thèse bien précise : celle de l’implication française aussi bien dans la préparation du génocide que dans sa mise en œuvre. La commission évacue donc l’appui diplomatique donné par les Français et les Belges aux négociations d’Arusha (qui prévoyaient le partage du pouvoir), elle assure n’avoir découvert aucune preuve d’une action occulte ou officielle des Etats-Unis (qui sont plutôt accusés d’abstention) et elle expédie en deux mots l’attentat contre l’avion présidentiel qui, le 6 avril 1994, fut l’élément déclencheur des massacres et dont les auteurs n’ont jamais été ni officiellement recherchés, ni, a fortiori, identifiés. Cela étant, les membres de la commission ont rassemblé d’innombrables pièces du puzzle et d’en avoir retracé le dessin, lui donnant une sanglante lisibilité. Il apparaît en effet que c’est dès l’attaque du FPR, en 1990, que les conseillers militaires français encadrent l’armée rwandaise. Ils ne se contentent pas de former la gendarmerie au maintien de l’ordre, de collecter des renseignements ou d’informatiser le fichier central (qui permettra plus tard de confectionner les listes sur lesquelles figureront les Tutsis), mais mettent en place une structure de défense civile contre les « envahisseurs » venus d’Ouganda, décrits comme des étrangers qui s’appuient sur des « complices » qu’il s’agit d’identifier et de neutraliser. Le rapport démonte implacablement la mécanique fatale du génocide, où l’essentiel des massacres de Tutsis n’a pas été commis par des militaires, mais par des civils galvanisés par une idéologie de la haine savamment inculquée par des miliciens formés et entraînés. Des témoignages accablants et inédits illustrent l’implication de militaires français dans la formation des milices hutus Interhahamwe, répartis dans différents centres d’entraînement. « Tuer un grand nombre » Ces jeunes gens « physiquement en forme » parmi lesquels des paysans ou des petits fonctionnaires, se voient dispenser une formation variée : des instructeurs français leur apportent de la nourriture, ils renforcent leur haine à l’égard des Tutsis, leur apprennent le maniement des fusils mais surtout, relève l’un des témoins, ils enseignent « comment tuer un grand nombre de gens en peu de temps sans utiliser d’armes, avec une cordelette, un couteau, une baïonnette ». Cette initiation à la haine et à l’assassinat s’intensifiera jusqu’en 1994 et la commission démontre que l’aboutissement probable de cette formation, à savoir l’exécution de crimes de masse, ne pouvait pas être ignoré par les plus hauts responsables français, civils et militaires. A propos de l’opération Turquoise, le rapport assure que dans la « zone humanitaire sûre » contrôlée par les Français, des civils tutsis auraient été systématiquement jetés dans des sacs et largués au-dessus de la forêt de Nyungwe ! En conclusion, la Commission demande au gouvernement rwandais de se réserver le droit de porter plainte contre l’Etat français pour sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide et elle publie les noms d’une vingtaine de responsables militaires et politiques directement mis en cause, en tête desquels le président défunt François Mitterrand. La France a qualifié mercredi d’"inacceptables" les accusations de la justice rwandaise, selon lesquelles d’anciens responsables français, dont l’ex-Premier ministre Dominique de Villepin et feu le président François Mitterrand, auraient participé au génocide qui a fait au moins 800.000 morts en 1994. Le ministère français des affaires étrangères a rappelé qu’ "un très important travail d’investigations sur le rôle de la France au Rwanda pendant ces années là a été réalisé en 1998 dans le cadre de la mission d’information parlementaire présidée par M. Paul Quilès". La France s’en tient "à l’analyse de cette commission et à ses conclusions", a précisé le ministère, ajoutant que Paris a coopéré étroitement avec le Tribunal pénal international sur le Rwanda (TPIR), dès sa mise en place. Voir en ligne: Le rapport rwandais depuis le site Rue89
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