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Loading... Morgan Tsvangirai, la patience et la non-violence pour défier Mugabe
Le Temps
Angélique Mounier-Kuhn/Le Temps - Le ton est hésitant et la voix assurément celle d’un homme fatigué. Mais s’il a officialisé dimanche sa décision de ne pas se prêter à la mascarade d’une élection présidentielle jouée d’avance, Morgan Tsvangirai, le seul homme à avoir osé sérieusement défier l’inflexible Robert Mugabe au Zimbabwe, ne donne pas l’impression d’avoir baissé la garde. Dans une interview téléphonique mise en ligne mardi par la BBC, le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) vitupère ce « régime qui agit irrationnellement, qui s’est lancé dans un déchaînement de violence et de meurtres ». Il y a longtemps que Morgan Tsvangirai s’est fait une spécialité du maniement de la diatribe à l’encontre de l’indévissable Mugabe et ses affidés du parti présidentiel, la Zanu-PF. Pourtant, rien ne prédestinait cet homme de 56 ans, à l’origine modeste et aux traits épais, à la carrière d’un politicien africain sur le sort duquel le monde entier s’est penché. Né à Gutu, au sud de la capitale Harare, fils de maçon charpentier, il fut l’aîné d’une fratrie de neuf. A l’époque où le « père de la Nation » organisait la guérilla contre le pouvoir colonisateur de Ian Smith, dans les années 1970, lui gagnait sa vie au fond de la mine de nickel de Trojan. Robert Mugabe saura plus tard reprocher à « cette grenouille » sa non-participation à la lutte historique pour l’indépendance. Morgan Tsvangirai a fait le choix d’un combat différent : le syndicalisme, dont il gravit énergiquement les échelons jusqu’à sa désignation au poste de secrétaire général du Congrès zimbabwéen des syndicats (ZCTU) en 1998. De meetings syndicalistes en conférences, l’orateur finit par se lancer en politique dans les années 1990. S’entourant de chercheurs chevronnés et de personnalités de la société civile, « en 1999, il a fondé et organisé le MDC, un parti pour s’opposer à la mauvaise administration, à la corruption officielle et à la dictature dans le pays », relate sa biographie officielle. Lourde tâche, alors que le pays périclite sous l’effet des choix économiques hasardeux et d’une calamiteuse réforme agraire. Son engagement lui vaut un harcèlement constant des autorités, qui s’intensifie à mesure que les échéances électorales, les législatives de 2000, puis la présidentielle de 2002, confirment la remise en cause par le MDC du monopole électoral de la Zanu-PF. Inculpé de haute trahison à trois reprises, Morgan Tsvangirai est acquitté, dont une fois, en 2003, au terme d’un procès rocambolesque qui le dépeignait en fomentateur d’un attentat à l’encontre de Robert Mugabe. Au printemps 2007, il est passé à tabac et une nouvelle fois emprisonné après une manifestation qui dénonçait entre autres l’intention du président de briguer un énième mandat en 2008. « Morgan a eu le courage de bâtir un parti politique crédible en dépit de tous les obstacles, des bastonnades. Il incarne un engagement fort en faveur des moyens non-violents d’opérer le changement, la plupart du temps en ayant recours à la justice même si cette dernière est biaisée », explique la responsable zimbabwéenne d’une organisation non gouvernementale sous couvert d’anonymat. C’est cette posture légaliste et pacifiste et son inépuisable patience, en dépit des coups, qui ont fini par décourager certains des siens en 2005, entraînant un schisme au sein du MDC. « Il est bon en meeting, quand il s’agit de dire aux gens en shona (ndlr : l’une des trois langues officielles du pays) « bougez-vous ! » Mais il manque de stratégie. Comme s’il pensait que Mugabe incarnait les problèmes avec un grand P et qu’ils se résoudraient d’eux-mêmes s’il disparaissait », commente un spécialiste. Il est vrai que le chef du MDC, dédaigné parfois pour son faible niveau d’éducation a « un côté syndicaliste un peu dru, taiseux voire timide », indique Vincent Crouzet, écrivain et bon connaisseur de l’Afrique australe qui l’a rencontré plusieurs fois. « Mais il est pragmatique. Il a l’étoffe d’un dirigeant atypique, d’une nouvelle génération d’Africains, qui sait dire non aux Occidentaux, à l’Afrique du Sud et ne verse pas dans le populisme à tout va », rétorque Vincent Crouzet à ceux qui jugent sa carrure trop frêle pour celle d’un chef d’Etat. « Si la qualité d’un président est de distinguer les bons conseils des mauvais », alors il est l’homme « dont le Zimbabwe a besoin, quelqu’un qui s’en tienne à de bons principes », corrobore John Robertson, économiste à Harare. « S’il avait pris les armes, il y aurait eu une guerre civile causant des milliers de morts. » Et ce n’est certainement pas un manque de vaillance qui l’a fait se retirer de la course présidentielle, martèle ce dernier : « Sa sécurité personnelle, sévèrement menacée, n’était pas seule en cause. Il avait conscience qu’il fallait empêcher que d’autres partisans ne disparaissent dans les violences. » Voir en ligne: En savoir plus sur le Zimbabwe
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