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Quel bilan pour Louise Arbour ?
Le Temps
Louise Arbour. Photo archive Humberto Salgado
1er juillet 08 - La juriste canadienne de 61 ans a achevé lundi à Genève son mandat de haut- commissaire aux droits de l’homme. Bilan de Louise Arbour à l’un des postes les plux exposés des Nations Unies

Stéphane Bussard/Le Temps - Lundi soir au Palais Wilson à Genève, elle s’adressait pour la dernière fois à son personnel. Louise Arbour a officiellement quitté son poste de haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Son mandat de quatre ans que la juriste québécoise de 61 ans n’a pas souhaité renouveler pour des raisons personnelles n’a pas été une sinécure. Cédant après quelque résistance aux appels de Kofi Annan, elle a fini par accepter de succéder au regretté Sergio Vieira de Mello. En quittant le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, celle qu’on juge « intelligente, honnête et engagée » laisse un héritage jugé globalement très positif. Elle a marqué son passage genevois. La fonction n’est pourtant pas facile. De nombreux diplomates onusiens reconnaissent qu’il y a encore « pire que le poste de secrétaire général de l’ONU. Il y a celui de haut-commissaire aux droits de l’homme. »

Parmi les derniers prétendants encore en lice pour sa succession, l’ambassadeur mexicain et ex-président du Conseil des droits de l’homme Luis Alfonso de Alba ne tarit pas d’éloges : « Elle a beaucoup contribué à profiler le Haut-Commissariat. Je regrette son départ, car elle était en train d’accomplir un travail impressionnant. » Sous sa direction, le Haut-Commissariat est passé de 583 employés dans le monde (314 à Genève et New York) en 2004 lors de son arrivée à Genève, à 948 (463) en 2008. En outre, la présence du Haut-Commissariat sur le terrain s’est considérablement renforcée, puisqu’en quatre ans, on est passé de 30 à 50 pays accueillant des bureaux nationaux ou régionaux. Quant au budget (régulier et extraordinaire) de l’institution, il a bondi de 172 millions de dollars en 2004-2005 à 312 millions pour la période 2008-2009.

Les chiffres ne reflètent qu’une partie de l’action de Louise Arbour. Comme le rappelle Andrew Clapham, directeur de l’Académie de droit international humanitaire et de droits humains, celle qui fut procureur général des Tribunaux internationaux pour le Rwanda et l’ex-Yougoslavie et qui inculpa Slobodan Milosevic pour crimes de guerre a charpenté la crédibilité de son institution : « Elle a donné beaucoup de poids aux droits de l’homme en les abordant sous l’angle juridique, en montrant qu’on peut les défendre devant des juges. Son passé de juge à la Cour suprême du Canada y est pour quelque chose. » C’est avec un courage qu’on lui reconnaît que Louise Arbour adresse à la Cour suprême des Etats-Unis un amicus curiae , un document posant « amicalement » la question de la licéité des tribunaux militaires de Guantanamo. Bien qu’il soit difficile de mesurer l’influence du document sur les juges américains, la Cour suprême a reconnu voici quelques jours le droit des détenus de Guantanamo de se défendre devant la justice civile fédérale.

C’est pourtant cette approche juridique qui a parfois indisposé. L’ambassadeur d’Algérie Idriss Jazaïry s’en explique : « Madame Arbour est une grande dame sincère. Mais elle a agi davantage en procureur qu’en cheffe d’une agence intergouvernementale. » Consultant auprès de la Genève internationale, Yves Lador estime que Louise Arbour a été une excellente haut-commissaire. Mais il reconnaît qu’elle a parfois mis la charrue devant les bœufs : « Elle voulait fusionner en un seul tous les comités des traités liés aux droits de l’homme. Sur le fond, c’était une très bonne idée. Mais politiquement, c’était très risqué, d’autant que cela intervenait au moment de la création du Conseil des droits de l’homme. En outre, elle a multiplié les présences sur le terrain sans s’assurer que les moyens financiers suivent. »

Un diplomate onusien qui souhaite conserver l’anonymat émet à son tour quelques réserves : « Louise Arbour est arrivée au Palais Wilson avec une vision en noir et blanc. Elle avait peur de perdre son indépendance et a, au départ, peu développé ses relations avec les gouvernements en privilégiant le travail de terrain. Avec le Conseil des droits de l’homme, c’était pareil. Très hésitante, elle a fini par comprendre que le futur de son Haut-Commissariat était lié à celui du Conseil. C’est pourquoi elle a décidé de coopérer pleinement à la mise en œuvre de l’examen périodique universel de ce même Conseil. »

Paradoxe : femme à poigne, courageuse, osant dire leurs quatre vérités tant aux Américains qu’aux pays musulmans, elle a dû constater que l’intégration des droits de l’homme dans tous les programmes onusiens a reculé au point que certains se demandent si les droits humains constituent encore l’un des trois piliers de l’ONU. Peu politique, contrairement à l’ex-haut-commissaire Mary Robinson, communiquant avec grande parcimonie, l’avocate canadienne n’est intervenue qu’une fois devant le Conseil de sécurité. Proche de Kofi Annan, Louise Arbour a eu des relations pour le moins distantes avec son successeur Ban Ki-moon. Yves Lador y voit déjà des répercussions : « Le Haut-Commissariat n’est pas intégré dans la task force sur la crise alimentaire. C’est un vrai scandale. »

Symbole de son sérieux, Louise Arbour n’a pas soldé ses derniers jours. Du 25 au 27 juin, elle a effectué le dernier de ses 55 voyages, au Pakistan. Pour Sébastien Gillioz, de Human Rights Watch, la Canadienne « laisse un Haut-Commissariat en bien meilleur état que lorsqu’elle est arrivée. Mais les défis de son successeur ne manquent pas. A New York, les signaux à l’égard du Haut-Commissariat et du Conseil sont inquiétants. »

 
1 commentaire   Commenter >
cjm
" A New York, les signaux à l’égard du Haut-Commissariat et du Conseil sont inquiétants. " dites vous M. Gillioz ?
Dans un monde où, depuis le fond des temps, le droit d’exister et la qualité de vie sont soumis à la capacité économique et à la capacité économique à l’agressivité, et où, inexorablement, de par l’augmentation constante du nombre et la diminution continuelle des ressources, la compétition forcenée entre les peuples et la lutte acharnée entre individus s’imposent toujours plus comme l’unique voie d’accès au droit de vivre « dignement », non seulement la généralisation et la banalisation de la violence sont inéluctables, mais en plus l’actualisation du carnage collectif et, partant, du suicide collectif est inévitable. Dès lors, dans cette dynamique millénaire manifestement improductive aux relents jusqu’au-boutistes, force est de reconnaître qu’aucune nation, aucun Etat, aucune politique, aucune religion, aucun organisme, aucune communauté, aucun individu… n’est meilleur(e) que les autres, et, au final, que tous et toutes, de par leur refus obstiné de se mettre sérieusement à l’étude d’eux-mêmes, participent, génération après génération, à la consécration de l’immonde et de l’horreur.
La psychanalyse déborde le cadre de la science
2 juillet 2008
 

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