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Loading... Révélations des paramilitaires en Colombie
Le Temps
Angélique Mounier-Kuhn/Le Temps, de retour de Bogota - De rebondissements en coups de théâtre depuis plus de deux ans, la révélation des liens troubles qui ont uni, à des degrés variés, des personnalités politiques aux forces paramilitaires colombiennes a pris la tournure d’un grand déballage. Lundi, le décompte atteignait 62 parlementaires, de la coalition soutenant le président Alvaro Uribe ou du Parti libéral, impliqués par les témoignages prolixes de paramilitaires démobilisés. La moitié d’entre eux est derrière les barreaux, tandis qu’une trentaine fait toujours l’objet d’une enquête. En fin de semaine passée, Nancy Patricia Gutiérrez, la présidente du Congrès (Chambre des représentants et Sénat), était à son tour visée par une investigation préliminaire. Mardi, l’ancien sénateur Mario Uribe, un cousin du président sous enquête, était incarcéré après s’être vu refuser l’asile politique au Costa Rica. La Cour suprême dit avoir des indices de ses « liens présumés » avec les milices d’autodéfense auxquelles il aurait acheté des terres. La tension est encore montée d’un cran mercredi, lorsqu’Alvaro Uribe a lui-même admis qu’une enquête avait été ouverte suite à sa mise en cause personnelle dans un massacre perpétré par des paramilitaires avec la complicité de l’armée. L’accusation, formulée par un condamné emprisonné, fait état de sa rencontre avec les commanditaires des assassinats, en 1997 à El Aro, de paysans suspectés de collaboration avec la rébellion des FARC. Le président colombien a vigoureusement démenti ce témoignage, en affirmant que « depuis 1998, la force publique a toujours su où j’étais et ce que j’étais en train de faire », ce qui lui avait permis de rassembler les informations permettant d’infirmer les propos du « bandit ». Avant même que ces derniers ne se répandent dans la presse, l’hebdomadaire d’analyse El Espectador avait titré en gros « hécatombe » dans sa dernière édition en évoquant le scandale de la « parapolitique » et une « crise institutionnelle sans précédent ». Certains observateurs soupèsent d’ailleurs chaque jour un peu plus l’hypothèse d’une dissolution d’un Congrès en mal de légitimité. « Pour le moment, notre journal n’est pas favorable à des élections législatives anticipées. Mais la ligne éditoriale pourrait évoluer si un gros scandale éclatait », commente Julian Welez Robledo, assistant de direction à El Colombiano , deuxième quotidien du pays. « Le fonctionnement politique est bloqué, c’est très grave, ajoute de son côté Alejandra Barrios Cabrera, directrice de la Mission d’observation électorale, un groupe d’ONG surveillant les pratiques politiques. Lorsqu’un parlementaire est condamné, il est remplacé par le suivant sur sa liste électorale, qui peut être à son tour suspecté. C’est un vrai manège. Nous demandons que les sièges soient gelés dès que s’ouvre une enquête. » Selon elle, aucune sortie de crise ne sera envisageable tant que des sanctions sévères ne seront pas prises à l’encontre des parlementaires impliqués et de leur parti. « Après seulement on pourra parler du reste », précise Alejandra Barrios Cabrera, notamment de la réforme politique programmée pour juin. « Elle vise à renforcer les partis avec des mesures qui doivent contrer leur dispersion au parlement. Mais il faut d’abord sanctionner. » Révélateur des connivences nauséabondes qui ont existé, et perdureraient, entre le cercle politique le plus proche du pouvoir et les sinistres forces paramilitaires pour les uns, le scandale est envisagé par d’autres comme une preuve éclatante de l’indépendance de la justice, pourtant régulièrement tancée par le président ou son ministre de l’Intérieur. Ces révélations ne sont-elles « pas un signe de progrès ? Un pas vers la vérité ? » s’interroge ainsi Pascal Affolter, directeur du Collège suisse à Bogota. « En vingt-cinq ans, c’est la première fois que la justice agit aussi fortement, estime Carlos Franco, directeur du programme présidentiel pour les droits humains. Ce processus démontre qu’un effort est fait en matière de transparence et que nous sommes en train de franchir une étape vers la solution. Les médias, la justice, le gouvernement et la société civile ont fait un bon travail. Il ne s’agit pas d’une victoire contre le gouvernement, mais d’un succès pour tout le monde. » Voir en ligne: La Colombie dans le rapport 2007 d’Amnesty International
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