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Tunisie : Ben Ali libère les plus anciens prisonniers politiques
InfoSud
Le président Ben Ali. D.R.
7 novembre 08 - Les 21 derniers militants du mouvement islamiste Ennahdha ont été libérés. Anniversaire du régime tunisien ou « effet Obama » ? Une page noire de l’histoire tunisienne se tourne même si des centaines d’opposants sont toujours en prison.

Isolda Agazzi/InfoSud - « La coïncidence entre l’élection de Barak Obama et la libération des prisonniers politiques, quelques heures après, est frappante, reconnaît Abdel Wahab Hani, de la Commission arabe des droits humains. Ben Ali doit avoir un mauvais souvenir des années Clinton, où la question des droits de l’homme revenait dans presque toutes les déclarations de responsables américains sur la Tunisie. »

C’était le 5 novembre : Safwa Aissa, la présidente de Vérité Action, une association basée à Fribourg (Suisse), annonçait par SMS la fin d’une des pages les plus noires de l’histoire tunisienne : les 21 derniers prisonniers politiques du mouvement Ennahdha venaient d’être libérés. En 1992, un millier d’activistes de ce parti islamiste interdit avaient été condamnés à de lourdes peines de prison, accusés d’avoir voulu prendre le pouvoir par les armes. Le président tunisien les avait progressivement libérés, à l’occasion des anniversaires de sa prise du pouvoir, le 7 novembre 1987.

« C’est un tournant en vue des élections de 2009, qui vont être très importantes, estime Mohamed Goumani, de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. J’espère que le dernier mandat de Ben Ali va être celui de l’ouverture et de la démocratie. »

Mais les problèmes des anciens prisonniers restent entiers. « Ils doivent avoir accès aux soins médicaux, souligne Safwa Aissa, car ils sont atteints de maladies graves, parfois de cancer. Et avoir le droit de travailler. Quant aux exilés d’Ennahdha, ils doivent pouvoir rentrer sans conditions. » Ils seraient plus d’un millier, sans compter femmes et enfants, dont plus de 200 en Suisse.

Beaucoup d’opposants croupissent toujours dans les geôles tunisiennes. A commencer par une centaine de manifestants du bassin minier de Gafsa, une révolte sociale qui agite la Tunisie depuis huit mois. Vingt-trois auraient été libérés depuis une semaine, mais des dizaines seraient encore en prison et trente-huit en attente de jugement.

Zakia Dhifaoui, libérée aussi le 5 novembre, avait manifesté aux côtés du peuple des mines. Nous joignons cette journaliste quelques heures après sa libération. Elle peine à cacher son émotion : « J’ai passé trois mois et dix jours à la prison de Gafsa. Au début, j’ai été violée (voir encadré plus bas) . Aujourd’hui je suis en bonne santé, mon moral est bon et je n’ai qu’une idée en tête : continuer mon travail de journaliste et politicienne. Mais je ne sais pas si j’aurai le droit de le faire. »

Les ONG parlent aussi d’un millier de jeunes arrêtés depuis deux ans, de façon préventive, dans le cadre de la lutte anti-terroriste. « Ces jeunes, souvent au chômage, errent dans un vide social et culturel. La solution, ce n’est pas la répressions, mais un travail d’accompagnement et d’intégration » conclut Goumani.

Zakia Dhifaoui dément avoir été violée

Suite à notre article "Ben Ali libère les plus anciens prisonniers politiques" (7 novembre), nous avons été contactés, le 17 novembre, par Mme Zakia Dhifaoui, qui nous a demandé de rectifier ses propos.

Zakia Dhifaoui affirme ne pas avoir été violée dans la prison de Gafsa, comme écrit dans l’article, mais avoir reçu "seulement" des "menaces" de viol.

 

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