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Loading... Vies sous surveillance
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Magda Fahsi/Tribune des droits humains, Bruxelles - Carte bancaire, carte de sécurité sociale, téléphone portable, recherches sur Internet, cartes de fidélité, ces petites modalités pratiques qui nous facilitent la vie laissent des traces. Beaucoup de traces. Attention, vous êtes suivi ? « Oui, confirme Didier Bigo, professeur à Sciences-Po Paris, nous sommes sous surveillance et la plupart du temps, nous voulons être sous surveillance ! » Au Royaume-Uni, les caméras sont partout : dans les rues, les restaurants, les bars et même dans les cabines d’essayage des grands magasins ou dans les toilettes publiques. Mais si ce pays reste le plus emblématique, il n’est pas le seul où les citoyens sont, littéralement, suivis à la trace. Au nom de quoi au juste ? Trois chercheurs du consortium Challenge Liberty & Security, Didier Bigo, Anastassia Tsoukala, et Elspeth Guild, ont mené le débat au Festival des Libertés, à Bruxelles, suite à la projection du film "Every Step You Take". Selon ce film, un badaud britannique pourrait être filmé jusqu’à 300 fois par jour. Collecte effrénée Deux raisons principales à la collecte de plus en plus effrénée de nos données personnelles. Tout d’abord, la sécurité. Qui, pour certains, justifie tout. Le hic, c’est que les quatre millions de caméra n’ont pas empêché les attentats de Londres. Et pour cause : les auteurs de ce type d’opérations se fichent éperdument d’être filmés puisqu’ils partent du principe qu’ils vont mourir. De l’avis général cependant, elles n’ont pas non plus réduit le taux de criminalité. En réalité, loin de contribuer à la prévention, les images ainsi collectées sont surtout utiles après le crime, raison pour laquelle les enquêteurs y tiennent. Le bénéfice en terme de sécurité serait donc pour le moins incertain. Mieux, si l’on tire le raisonnement sécuritaire jusqu’au bout, estime Anastassia Tsoukala, professeure associée à l’université Paris XI, « les statistiques ayant démontré que l’endroit le plus criminogène est notre maison, et même notre chambre à coucher, il faudrait mettre des caméras dans nos chambres à coucher ! » Le citoyen lambda est pourtant disposé à accepter cette surveillance accrue car il part du principe que s’il n’a rien à se reprocher, il n’a aucune raison de s’y opposer. Ce raisonnement est pour le moins bancal, estime Didier Bigo : « La définition de la ‘privacy’ [vie privée] au départ, c’est justement le pouvoir de mettre un écran entre le regard de l’Etat et soi. Alors dire qu’il faut plus de transparence au nom de la sécurité, cela tend à saper la notion même de privacy ». De plus, il faut bien l’avouer, on accepte surtout de sacrifier la liberté…des autres. « Tant que l’on pense ne pas être dans le profil des personnes ciblées, reprend Didier Bigo, on ne bronche pas. Mais le fichier Edvige en France a montré qu’à partir du moment où tout le monde risquait d’être concerné, les gens n’étaient plus du tout d’accord ». Payer pour être contrôlé La deuxième raison pour laquelle on accepte d’être suivi à la trace est le confort ou la rapidité. C’est le cas par exemple pour les cartes de fidélité des compagnies aériennes qui permettent un enregistrement et un embarquement plus rapides… mais gardent une trace de tous vos déplacements. « En réalité, on vous vend plus de contrôle comme si c’était de la rapidité ! » assure Didier Bigo. Il en va de même pour la carte électronique de transport urbain. Pourtant, introduite à Paris et plus récemment à Bruxelles, elle n’a soulevé aucune objection majeure. Que ces nouvelles technologies offrent certains avantages ou facilités est indéniable. Mais trop souvent, on oublie les menaces potentielles. « Prises isolément, elles ne sont pas dangereuses, explique Didier Bigo. Ce qui par contre, pose un gros problème, c’est leur intégration. Or, on ne montre jamais comment elles peuvent interagir ». Imaginez que l’on recoupe les données de votre carte bancaire, de votre carte de sécurité sociale, de votre passeport et de votre téléphone portable, il ne vous restera pas grand-chose de votre vie privée ; avec tous les risques d’abus que cela entraîne. Autre problème, les lois qui régissent l’utilisation de ces nouvelles technologies sont souvent faibles, quand elles existent ; et même dans ce cas, elles ne sont pas toujours respectées. Pour Elspeth Guild, de l’université de Nimègue (Pays-Bas), la question est « de savoir si on fait confiance à la personne chargée du traitement des données ». La majorité des gens n’ont-ils pas un peu trop tendance à faire aveuglément confiance à l’Etat ? Et pourtant, même s’il est de son devoir d’assurer la protection des données personnelles, l’Etat n’intervient que rarement. Sans compter qu’on n’est jamais à l’abri d’un pirate informatique ou même d’un changement de régime. Et que dire quand il s’agit d’une entreprise privée ? Il est facile d’imaginer des employés mal payés qui seraient tentés de vendre les informations en leur possession. Alors comment résister à cette intrusion grandissante dans notre vie privée ? Anastassia Tsoukala résume bien le dilemme : « Quand on est seul à la refuser, on est vu comme le fou de service qui s’opposerait au progrès ; et quand on se regroupe, on devient suspects parce qu’on se coaliserait contre ‘l’ordre établi’ et cela ne fait que renforcer la surveillance dont on fait l’objet ». En conséquence, la seule façon d’empêcher une dérive du système, concluent les trois chercheurs, est de veiller à ce que les ‘surveillants’ soient eux-mêmes surveillés. Mais cela passe nécessairement par le législateur et requiert un vrai débat public.
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