|
||||
|
Loading... Interdite, l’excision continue en Tanzanie
Tanzanie, Jessie Boylan/IPS - "J’ai refusé parce que l’ancien président Mkapa avait interdit l’excision en Tanzanie", dit-elle. Toutefois, après cela, Chacha a été forcée d’épouser un vieillard de 80 ans parce que, d’après la coutume du Kurya, dans la région de Mara au nord de la Tanzanie, elle n’était plus convenable pour un homme de son âge. "Mon père m’a forcée à me marier", relate-t-elle. "J’ai essayé de refuser, mais mon père m’a ordonné de quitter sa maison. On lui avait payé seulement 12 vaches pour mon marriage". Il est devenu évident que Chacha était la seule femme non excisée de la pièce et son histoire était interrompue comme les autres femmes criaient pour se faire entendre. "Les jeunes hommes se moquent mutuellement s’ils épousent des femmes non excisées", déclare Mondesta Mugaya, une vieille femme de 65 ans, qui exécute souvent les excisions à Kitarmanka, un village de la région rurale de Musoma. "Et les filles non excisées sont toujours considérées comme des enfants", dit-elle. "On ne permet pas aux femmes non excisées d’assister aux cérémonies traditionnelles. "Je ne crois plus en l’excision des filles, mais sans cela, elles couchent beaucoup à droite et à gauche". Au bureau de Mama Régina, dans le diocèse catholique de Musoma Bhoke, Mwita* souriait. Elle était assise sur une chaise en bois, balançant ses jambes et jouant avec son téléphone portable. Depuis 2004, elle a trouvé refuge avec ses deux enfants ici. "Mon mari est décédé en 2003", dit-elle, "et j’étais supposée être héritée par son frère, mais j’ai refusé. J’ai répondu que j’avais besoin de temps pour y réfléchir et je me suis enfuie". C’est Mama Régina Andrew qui, peu de temps après le démarrage de sa campagne contre la Mutilation génitale féminine (FGM) avec le diocèse, a trouvé Mwita dans son village, cherchant de l’aide. Comme assistante des femmes dans le Programme de développement des femmes (WID), Mama Régina a aidé 36 filles à échapper à la FGM, et 90 autres femmes à des problèmes comme la maltraitance des domestiques et le mariage forcé. "C’est l’une des plus grandes cérémonies dans la tradition du Kurya", affirme Mama Régina. "Près de 95% des filles continuent d’êtres excisées dans la région de Tarime. "La loi est contre la FMG, mais nous ne savons pas comment le gouvernement gère ces problèmes", ajoute-t-elle. Cette pratique a été interdite en 1998, mais elle est profondément ancrée dans la tradition, et d’après le diocèse, les perceptions ont commencé à changer il y a seulement 10 ans. Mama Régina et quelques religieuses visitent régulièrement les villages pour organiser des réunions publiques et des événements ; elles initient aussi des groupes de travail pour fournir des informations sur les droits des femmes et des enfants, en particulier sur les effets de la FGM. "Ce n’était pas facile, parce que les femmes ne sont pas considérées au même titre que les hommes, et on ne leur accorde pas la même importance. Les femmes font beaucoup de travaux, à la maison, au champ, et auprès des enfants, mais les bénéficiaires sont les hommes", déclare-t-elle. "Vous voyez, les filles sont perçues comme des sources de revenu pour la famille", explique Mama Régina."Les parents ne voient pas la nécessité d’envoyer les filles à l’école parce qu’ils ne pourront pas recevoir la dot quand la fille va se marier. Ils pensent que cela pourra appauvrir la famille". Mama Régina croit que la FGM prendra beaucoup d’années avant de disparaître du Kurya. "C’est une sorte de religion", dit-elle. "Nous avons créé le grand camp des réfugiés de la FGM juste en dehors de la ville, comme un lieu d’éducation des filles mais aussi comme un refuge lorsqu’elles s’échappent de leurs communautés". "Quand les filles repartent dans leurs communautés, elles disent ’Merci pour cette tradition, parce que je me suis enfuie et maintenant, je suis instruite’. Les familles les voient parler avec confiance, sans crainte et cela les aide à réaliser l’importance d’arrêter la FGM. "Je crois que ça prendra du temps pour changer, mais un jour, ce sera une honte d’être excisée". D’après Maman Régina, lorsque Mwita était arrivée dans le diocèse, elle était très mince, nerveuse et parlait faiblement. Mais actuellement, elle a acquis beaucoup de confiance en elle-même, pris des forces et du poids ; et elle est sur le point de terminer le cours secondaire. À travers le programme WID, Mwita elle-même dirige maintenant un programme de micro finance pour permettre aux femmes des villages de démarrer de petites activités telles que l’agriculture, la boulangerie et les boutiques de vêtements. Elle intervient aussi dans des conférences publiques et informe les gens sur les effets de la FGM. "Quand je repars dans mon village", raconte Mwita, "les gens me respectent et font attention à ce qu’ils me disent. Mais c’est comme introduire des valeurs occidentales, et je suis consciente de la différence". " La vie est différente pour moi maintenant, c’est mieux pour moi d’être ici (en ville) qu’au village. Maintenant je suis forte, sans crainte, et je peux lutter pour mes droits". *Nom fictif.
Pour lire d’autres articles sur un des thèmes
abordés ici, utiliser la fonction «
recherche avancée »
|
|
|||
|
Chartes | Qui sommes-nous ? | Impressum | contact
Rue du Valais | CH-1202 Genève | T: +41 22 732 57 05 | F: +41 22 732 57 07 |
||||
|
réalisé par vocables.com avec Spip
|
||||