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Loading... Armes américaines entre les mains des rebelles somaliens
Angélique Mounier-Kuhn/Le Temps - La stratégie internationale de soutien au gouvernement fédéral de transition de la Somalie (GFT) n’est pas seulement vaine. En attisant le conflit, elle mène à des violations des droits de l’homme et à des crimes de guerre, dénonce Amnesty International. Dans un rapport publié jeudi, l’ONG enjoint aux pays occidentaux de suspendre toute livraison d’armes au GFT tant que des garde-fous n’ont pas été mis en place. « Le gouvernement de Somalie est très faible et attaqué par des groupes armés puissants. La communauté internationale pense que la seule solution est de l’armer. Mais cela ne doit pas être fait à n’importe quel prix. La priorité doit aller aux populations civiles », indique Bénédicte Goderiaux, chercheuse pour l’ONG à Londres. En 1992, alors que la Somalie sombrait dans la guerre civile, les Nations unies ont imposé un embargo sur les armes. Toujours en vigueur, il n’a jamais cessé d’être violé, par l’Ethiopie, le Yémen et l’Ouganda notamment. Le trafic d’armes est un négoce florissant à Mogadiscio, dont se repaissent toutes les parties prenantes au conflit. L’ONU avait aussi prévu la possibilité de dérogations à cet embargo. Amnesty International a mis la main sur des documents montrant qu’en plusieurs occasions, au printemps et à l’été 2009, les Etats-Unis ont sollicité l’ONU, et auraient obtenu son feu vert, pour livrer jusqu’à 40 tonnes de matériel militaire au gouvernement du président Cheikh Sharif Ahmed. A l’époque, ce dernier, menacé par une offensive islamiste de grande ampleur, avait appelé la communauté internationale à la rescousse. Washington l’a entendu et, sans délai, des caisses de munitions, des fusils d’assaut, des armes automatiques, des roquettes ou encore des mortiers sont parvenus dans le port de Mogadiscio. Prix cassés sur les armes « Au total, plus d’armes sont arrivées en Somalie que les forces de l’ordre ne comptent d’hommes. Certaines se sont retrouvées directement sur le marché de Bakara (ndlr : le marché principal de la capitale), où à la mi-juillet les prix s’étaient effondrés de 30 à 40% », explique Peter Pham, directeur Afrique du National Committee on American Foreign Policy, un groupe de réflexion new-yorkais. « Un fusil M16 ne valait plus que 95 dollars, un AK-47 195 dollars et les munitions étaient moins chères qu’aux Etats-Unis. A peine 30 cents pour une cartouche d’AK-47 », poursuit le spécialiste. Selon lui, outre le canal de la corruption, difficile à attester, c’est l’absence de loyauté envers le GFT qui est le principal pourvoyeur d’armes sur le marché noir. « Le GFT paie tellement mal ses hommes que certains s’enrôlent, récupèrent des armes et s’en vont aussitôt les vendre ou rejoignent les groupes islamistes qui paient mieux », indique Peter Pham. Pour Amnesty International, les civils sont les premières victimes de la prolifération et du recours inapproprié aux armes. Des milliers de personnes ont péri dans le feu croisé des combats en 2009, et des centaines de milliers d’autres ont fui Mogadiscio, où les attaques au mortier sont quotidiennes. Celles-ci ne sont pas le fait des seuls insurgés islamistes. L’ONG insiste sur la responsabilité du GFT, qui bombarde sans discrimination au mortier. « La communauté internationale ne devrait pas rester silencieuse face à ces abus », estime Bénédicte Goderiaux. Tout comme les pays européens (France, Allemagne, Italie), qui ont choisi d’appuyer le GFT en entraînant ses troupes en Ethiopie, au Kenya, à Djibouti ou en Ouganda, devraient veiller à « dispenser également une formation sur le droit international humanitaire et la gestion des armes », note Amnesty.
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