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Loading... A quand l’express Bruxelles-Sarajevo ?
Sarajevo, Amir Telibečirović Lunjo/CGNews - Dans une région naguère divisée, un nouveau symbole d’espoir semble se profiler : la remise en service de la ligne de chemin de fer entre Sarajevo et Belgrade. De nombreux jeunes Serbes, Croates et Bosniaques, qui n’ont aucun souvenir de la guerre des années 90, comptent bien un jour voyager dans ce train, qui constitue un lien physique entre la Serbie et la Bosnie. Ironiquement connus sous le nom de "Désaccords de Dayton" chez les gens du cru, les Accords de paix de Dayton, qui ont mis fin à la guerre de Bosnie en 1995, invitent la communauté internationale, les gouvernements concernés et les organisations non gouvernementales à pousser les anciens belligérants à la réconciliation. L’Union Européenne jouerait le rôle de chef de file dans ce processus. Mais les Bosniaques ont nettement l’impression, ces derniers temps, que l’UE n’est pas à la hauteur et que ce sont plutôt les institutions et les personnes privées qui contribuent à la réintégration et à la réconciliation. Ce qui inquiète les Bosniaques au premier chef, c’est la décision prise par l’UE en décembre 2009 de supprimer toutes les formalités de visa pour les citoyens de la Serbie, de Macédoine et du Monténégro, se rendant dans d’autres pays de l’UE. Cette décision met à l’écart la Bosnie et l’Albanie, seuls pays des Balkans dont les citoyens sont encore soumis à l’obligation de visa par l’UE. S’il est vrai que l’Albanie, elle aussi, tombe sous le coup de ces nouvelles dispositions, c’est la Bosnie de l’après guerre qui en sera le plus gravement lésée. En effet, l’Albanie n’est pas constituée de secteurs ethniquement ségrégués, et ses citoyens partagent une même identité ethnique. Au-delà de toute considération religieuse, la majorité des citoyens de ce pays se déclarent tout simplement Albanais. De plus, sans véritablement nuire aux bonnes relations entre les pays baltes, cette mesure de l’UE ne va en tout cas pas favoriser la réconciliation et la réintégration en Bosnie même, car sa composition ethnique et religieuse est beaucoup plus diversifiée que celle de l’Albanie et parce que les musulmans bosniaques la considèrent comme discriminatoire. Et c’est bien là le fond du problème : les Serbes bosniaques peuvent revendiquer la double nationalité serbe et bosniaque, ce qui leur permet, en tant que Serbes, de se rendre sans visa dans l’Union. De la même façon, les Croates de Bosnie, qui jouissent depuis longtemps de la double nationalité, peuvent déjà circuler en Europe inconditionnellement. De leur côté, les Bosniaques musulmans, ethniquement désignés sous le nom de Bosniaks, de même que toutes les autres entités minoritaires de Bosnie, n’ont droit qu’à un passeport bosniaque, et se sentent donc distingués, voire visés par le nouveau règlement. Dans le pays, certains milieux politiques craignent une recrudescence des tensions dans des régions déjà bien divisées de la Bosnie. Or ce qu’on ignore en général, c’est que les Croates, Serbes et les musulmans de Bosnie sont fondamentalement un même peuple. Nous partageons la même langue, la même race et, quand tout est dit, le même pays d’origine. Tout ce qui nous distingue, c’est la religion. Et de toute façon, les distinctions religieuses elles-mêmes sont plus fonction de spécificités culturelles que de véritables affrontements spirituels, dogmatiques ou théologiques. A Bruxelles, les politiques affirment que, s’ils ont pris cette décision, c’est à cause du niveau de corruption des gouvernements bosniaque et albanais. Mais, en matière de corruption, la rumeur publique en a autant au service du Monténégro, de la Serbie et de la Macédoine. On dit aussi à Bruxelles que la Bosnie n’a pas rempli les conditions telles que l’adoption de documents de voyage biométriques, le renforcement des contrôles à la frontière et une répression plus sévère du crime organisé et de la corruption. Pourtant, les représentants de la Slovénie au Conseil de l’UE font remarquer que les trois autres pays non plus n’ont pas rempli toutes ces conditions. Tout porte à craindre que le nouveau règlement n’attise les tensions entre les communautés religieuses de la Bosnie, car les Bosniaques y voient un traitement discriminatoire à leur égard et préférentiel pour les autres. Malgré tout, de surprenants exemples de coopération se font jour à la faveur de cette mesure : de nombreux Serbes et Croates pro bosniaques et solidaires de la Bosnie critiquent ouvertement cette démarche discriminatoire de l’UE et demandent instamment qu’elle soit révisée. Dans une région qui se relève à peine de la guerre, cette solidarité montre que nous pouvons affronter ensemble l’adversité. Dans ce combat pour la reconnaissance de l’égalité de tous les Bosniaques, c’est peut-être ce qu’il nous fallait pour nous rappeler que, au fond, nous sommes tous les mêmes. Amir Telibecirovic Lunjo, journaliste à Start BiH, magazine publié à Sarajevo, est aussi guide touristique dans sa ville. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), publié d’abord dans le News Observer de Caroline du Nord.Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 22 janvier 2010,
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