Loading...
Au Zimbabwe, un million de victimes de la réforme agraire
Photo : DR
30 janvier 10 - La saisie de grandes fermes commerciales - presque toutes appartenant aux Blancs – s’est poursuivie malgré la formation d’un gouvernement d’union au Zimbabwe. Les ouvriers agricoles du pays disent qu’ils sont les plus gros perdants.

Johannesburg, Le Cap, Ann Hellman/IPS - Ces ouvriers estiment que les dirigeants de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) doivent intervenir immédiatement pour arrêter les violences à leur encontre.

Environ un million d’ouvriers agricoles ont été expulsés des fermes à travers le Zimbabwe depuis 2000, selon le Centre de surveillance des déplacements internes, basé à Genève.

C’est un énorme pourcentage de toute la population des ouvriers agricoles du Zimbabwe, qui était estimé par la Justice pour le trust agricole, basée à Harare, la capitale, entre 1,3 et 1,9 million d’habitants avant que la saisie des terres ne commence. Le groupe des droits des réfugiés zimbabwéens, les Gens contre la souffrance, la suppression, l’oppression et la pauvreté (PASSOP) déclare qu’environ 100.000 ouvriers travaillent maintenant dans des fermes en Afrique du Sud.

IPS a parlé de la situation concernant les ouvriers agricoles avec trois Zimbabwéens qui envisagent de rejoindre leurs pairs dans les fermes sud-africaines. Craignant les persécutions du gouvernement par le ’Central Intelligence Organisation’ (Service des renseignements) du Zimbabwe, tous les ouvriers agricoles ont requis l’anonymat.

Ils disent à IPS que lorsque le programme de la réforme agraire du président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a commencé en 2000, les choses semblaient prometteuses.

"Ils promettaient de nous donner, nous les manœuvres, de bons salaires après le retrait de ces fermiers blancs", déclare Rufaro*.

Mais les choses se sont rapidement détériorées. "Certains jeunes de la ZANU-PF (Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique – le parti au pouvoir) se sont mis à frapper et violer les ouvriers agricoles ainsi qu’à les battre à mort. Des ouvriers agricoles ont été renvoyés des fermes avec leurs employeurs et certains agriculteurs se sont enfuis sans rien payer aux ouvriers agricoles", indique Letty*.

Les travailleurs ont dit qu’au moins trois grandes fermes avaient été envahies depuis que le gouvernement d’union a été formé – Usasa Seedlings, Mount Carmel (une ferme de mangues) et la ferme d’agrumes de Stockdale.

Stockdale, dans le district de Chegutu, dans le Mashonaland Ouest, a été envahie en avril 2009 par le président du parlement zimbabwéen, Edna Madzongwe, malgré une décision d’un tribunal de la SADC qui a dit que les 78 fermiers blancs qui ont perdu leurs fermes pourraient garder leurs terres.

Le tribunal de la SADC a statué en faveur des fermiers en novembre 2008, trouvant le programme de redistribution des terres discriminatoire sur la base de la race. Avec le gouvernement zimbabwéen refusant d’agir suivant cette décision, le tribunal a renvoyé en juin 2009 l’affaire devant le sommet des chefs d’Etat de la SADC.

Les ouvriers agricoles affirment que Mugabe a simplement ignoré les décisions du tribunal de la SADC, qui a été mis en place en Namibie en 2007 pour statuer sur les différends dans la région d’Afrique australe.

Pour l’instant, environ 60.000 ouvriers agricoles se retrouvent vivant dans des camps de fortune, souvent au bord de la route près de l’endroit où ils ont été expulsés, attendant que le gouvernement les réinstalle.

"Quelques ouvriers agricoles qui ont eu la chance ont été réinstallés. Mais s’ils vous ont étiqueté MDC (Mouvement pour un changement démocratique – parti d’opposition), vous n’allez rien recevoir. Nous avons maintenant besoin des terres pour réinstaller les pauvres qui n’ont aucun endroit où rester", souligne Tapiwa*.

Plusieurs ouvriers agricoles vivent maintenant des dons des bailleurs, tandis que d’autres ont fui en Afrique du Sud. Letty a indiqué que sur les quelques ouvriers agricoles qui ont encore d’emplois, les femmes constituent la majorité. Parce qu’elles sont moins payées, on les retrouve encore en petits nombres au travail sur les fermes horticoles et de pommes de terre du Zimbabwe.

"Après que les invasions des terres ont commencé et que nous avons été expulsées des fermes, déclare Rufaro, la plupart de nos enfants ne sont pas allés à l’école pendant deux ans. Nous les femmes finissons par avoir les enfants à la maison sans nourriture, parce que nous n’avions pas d’argent et toutes les boutiques étaient vides puisque les fermes ont fermé.

"Le stress pour les femmes qui ont quatre enfants à la maison, le jour et la nuit, pendant deux ans… c’était dommage pour nous", affirme Rufaro.

"La plupart des femmes qui travaillaient sur les fermes se déplacent sans cesse vers le Malawi, la Zambie et l’Afrique du Sud, pour acheter tout ce qu’elles peuvent vendre pour remettre leurs enfants à l’école. Nous nous déplaçons sans cesse juste pour s’occuper dans le but d’apporter de la nourriture à la maison", ajoute-t-elle.

A long terme, affirment tous les trois, la réforme agraire ne marchera au Zimbabwe que si les terres saisies par les membres de la ZANU-PF, au cours des dix dernières années, sont cédées à l’Etat.

Tapiwa assure qu’il ne plaide pas pour un retour à l’agriculture commerciale appartenant aux Blancs au Zimbabwe. "La meilleure méthode est que ceux qui ont des fermes maintenant doivent les céder au gouvernement. Le gouvernement doit les subdiviser et les donner au gens sans terre pour qu’ils cultivent", souligne-t-il.

L’universitaire et expert en réforme agraire, Stephen Greenberg, basé à Johannesburg, approuve. Il dit que le gouvernement sud-africain est dans une discussion "positive" avec le secteur foncier sur la promotion de l’agriculture à petite échelle.

Au lieu de racheter de grandes fermes appartenant aux Blancs et de les transférer à quelques personnes, un nouveau modèle d’agriculture à petite échelle verrait des fermes en train d’être subdivisées pour donner à davantage de personnes l’accès à la terre.

"Il s’agit de la mentalité par rapport à ce qu’est l’agriculture commerciale et de voir ce qui est réellement possible", indique Greenberg.

Il déclare à IPS que ce modèle avait déjà été mis en pratique à Masvingo, dans le sud-est du Zimbabwe.

"Il y avait des fermiers commerciaux blancs qui élevaient un peu de bétail sur de vastes étendues de terres qui, selon eux, étaient de mauvaise qualité. Ces fermes ont été réparties en des lopins de 10 à 20 hectares qui produisent actuellement des cultures", affirme-t-il.

Tapiwa lance un avertissement pour les Sud-Africains. "Nous aurions pu nous organiser pour prendre à partie notre gouvernement, notamment pendant la période de vote. Je vois en Afrique du Sud que l’économie est également aux mains des Blancs", dit -il.

"Vous avez besoin d’avoir une approche ici dans le sens de la prise de contrôle de l’économie et puis, dès que l’économie est aux mains des Noirs, aller vers la terre".

"C’est pourquoi nous vous conseillons, vous les Sud-Africains, d’élaborer un plan maintenant avant que vous n’atteigniez le point où vous saisirez les terres", déclare Rufaro.

Mais Greenberg assure que pendant que l’ANC (Congrès national africain), le parti au pouvoir, est susceptible de subir plus de pression pour redistribuer les terres, les zones rurales d’Afrique du Sud manquent d’un mouvement fort pour reprendre les terres.

"Bien qu’il y ait une frustration, il n’y a pas encore un mouvement rural assez fort pour prendre les terres en Afrique du Sud",affirme-t-il.

Travailler dur sur une terre étrangère

"La situation pour les ouvriers zimbabwéens est désastreuse", déclare Philani Zamuchiya, de l’Institut pour les études agraires et sur la pauvreté (PLAAS). "Bien que les lois sud-africaines sur le travail les protègent, les agriculteurs commerciaux continuent de mépriser la réglementation parce qu’ils ont déjà un réservoir de travailleurs qui attendent de prendre un emploi", a-t-il noté.

Dans la province du Cap occidental, les problèmes s’aggravent durant la saison morte pour les travaux dans les champs de vigne. Cette période de soudure de cinq mois est la plus difficile pour les ouvriers agricoles qui ne peuvent pas satisfaire les besoins de base, encore moins envoyer de l’argent à leurs familles restées au Zimbabwe.

Des menaces et injures constantes de la part des gens du coin constituent une autre réalité avec laquelle les ouvriers étrangers vivent. Plus de 3.000 Zimbabwéens ont été chassés de leurs maisons à Stofland, près de la ville de De Doorns au cours des attaques au début de novembre 2009.

En plus de la xénophobie en ébullition depuis longtemps, l’organisation zimbabwéenne des droits, PASSOP, et le syndicat des ouvriers agricoles, Sikhula Sonke, disent que les attaques ont été provoquées par une guerre de territoire entre courtiers du travail qui aggravent la pauvreté pour les migrants et les ouvriers agricoles nationaux également - en tant qu’intermédiaires entre les employeurs et la main-d’oeuvre agricole.



Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  Impressum  |  contact
Rue du Valais  |  CH-1202 Genève  |  T: +41 22 732 57 05  |  F: +41 22 732 57 07
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire InfoSud Tribune des droits humains sur Facebook le temps swissinfo rue 89 ipsnews syfia infosued