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Pékin menace les Etats-Unis de sanctions
2 février 10 - Après l’annonce de ventes d’armes à Taipei, Pékin muscle son discours et parle pour la première fois de rétorsion économique

Frédéric Koller/Le Temps - L’annonce faite vendredi par Washington d’une nouvelle vente d’armes à Taïwan pour un montant de 6,4 milliards de dollars provoque un feu de critiques inédit en Chine. Dès samedi, Pékin avait annoncé plusieurs mesures de rétorsion : suspension des relations militaires avec Washington, interruption du dialogue sur les questions de sécurité stratégique, de contrôle des armes et de prolifération nucléaire et – c’est la nouveauté – menace de sanctions contre les sociétés américaines concernées par cette vente.

« Arrogance » des Etats-Unis

Pékin, qui considère Taïwan comme une « île rebelle », dénonçait ce week-end une « une ingérence grossière dans les affaires intérieures chinoises ». Lundi, les médias nationaux prenaient le relais, critiquant l’« arrogance » et l’« hypocrisie » des Etats-Unis. « Troisième économie de la planète, dotée d’un énorme marché, la Chine ne devrait pas hésiter à montrer ses muscles pour lancer des mesures économiques punitives contre les entreprises qui violent ses intérêts clés », écrit le Global Times.

« L’idée de sanctions économiques contre les Etats-Unis est complètement nouvelle, estime François Godement, directeur de l’Asia Centre à Sciences Po Paris. Pékin utilisait jusqu’ici cette menace contre des pays européens pris isolément pour les diviser. Soit c’est un coup de bluff, soit cela montre la confiance nouvelle du pouvoir chinois assuré de sa capacité d’attraction pour les entreprises étrangères. » Lundi, ni Boeing ni Sikorski, les deux principales sociétés impliquées dans ce marché ayant une présence en Chine, n’avaient été informées de la possibilité de sanctions à leur égard.

Alors que Washington tente de minimiser l’affaire, le Pentagone insiste sur la nécessité d’« assurer la capacité d’autodéfense de Taïwan » dans le respect des engagements avec l’île « nationaliste ». Les Etats-Unis invoquent une loi de 1979 pour justifier leur geste. Avec quelque 1500 missiles pointés vers Taïwan, la Chine a pris depuis quelques années l’ascendant dans cette course aux armements. Pékin se réfère pour sa part à un communiqué sino-américain datant de 1982 impliquant une diminution progressive de l’aide militaire des Etats-Unis en faveur de Taipei pour accuser Washington de ne pas respecter ses engagements.

Le paquet d’armes promis par Barack Obama à Taipei comprend des missiles Patriot, des navires chasseurs de mines sous-marines et des hélicoptères Black Hawk. « Cela offre uniquement une meilleure capacité défensive, rien de plus », explique François Godement. Washington s’est abstenu de livrer des nouveaux chasseurs F-16. La dernière vente d’armes américaines remonte à 2008 à la fin du mandat de George Bush. Le chercheur souligne par ailleurs que Taïwan a récemment testé des missiles mer-air, une arme offensive développée par ses propres soins.

Pékin a toutefois pris soin d’épargner le pouvoir taïwanais de toute critique. Les relations bilatérales entre les frères ennemis se sont en effet sensiblement réchauffées depuis l’élection à la présidence du « nationaliste » Ma Ying-jeou favorable au principe d’une seule Chine ainsi qu’à l’intégration des deux économies dans un espace commun.

« Dans l’oreille d’un sourd »

Après l’« affaire Google », ce nouvel affrontement laisse présager d’une relation tumultueuse à venir entre Washington et Pékin pourtant forcés de coopérer du fait de leur interdépendance économique. Hillary Clinton accusait samedi Pékin de ne pas en faire assez pour dissuader l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Selon le New York Times, ce durcissement de ton est destiné à envoyer un message clair : Barack Obama ne pliera pas devant les Chinois lorsque sa sécurité nationale est en jeu. Le ton très conciliant du nouveau président américain lors de son récent déplacement en Chine avait suscité de nombreuses critiques – y compris dans son propre camp – sans convaincre les Chinois.

« Du point de vue de Pékin, rétorque Yuan Jingdong, un expert des questions de non-prolifération à l’Institut des études internationales de Monterey en Californie, cité par l’AFP, Washington semble toujours demander la coopération de la Chine, du changement climatique aux questions iraniennes et nord-coréennes. Mais les demandes de la Chine sur ce qu’elle considère comme un intérêt vital tombent dans l’oreille d’un sourd. »



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