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En Iran, la tortue de la démocratie rattrape le lièvre de la bombe
Manifestation à Théhéran en 2009. Photo : DR
8 février 10 - Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, a fait dimanche une annonce sur le dossier nucléaire qui marque un durcissement du bras de fer avec les puissances occidentales. Mais elle pourrait fort bien n’être qu’une manoeuvre politique pour mobiliser les Iraniens contre le Grand Satan étranger, peu avant une journée de manifestation de l’opposition.

Pierre Haski/Rue89 - Le 11 février, en effet, la République islamique célèbre le 31 anniversaire de la Révolution de 1979, et, comme à chaque rendez-vous du calendrier depuis les élections contestées de juin, l’opposition entend faire entendre sa voix, en dépit de l’interdiction de manifester.

Fini l’adjectif « islamique », vive la « République d’Iran » tout court

Regardez cette vidéo qui circule sur le web et qui appelle à « répeter l’histoire » le 22 Bahman (11 février dans le calendrier persan), c’est-à-dire faire une nouvelle révolution pour instaurer, comme le dit un slogan « bombé » sur un mur dans cette vidéo, une « République d’Iran » d’où le mot « islamique » aurait été effacé (traduction de Bamchade Pourvali au cours du débat Rue89/Forum des Images sur l’Iran, samedi soir à Paris). (Voir la vidéo)

Le rapport entre le nucléaire et la contestation populaire est implicite. Les dirigeants de l’opposition tel l’ex-candidat Mir Hussein Moussavi ne sont pas contre la stratégie nucléaire de l’Iran, mais Ahmadinejad l’utilise comme un instrument de mobilisation de l’opinion contre le reste du monde, et veut faire passer les opposants comme « vendus » à l’étranger.

Le lièvre nucléaire et la tortue démocratique

Lors d’un colloque sur l’Iran en novembre à la Fondation ResPublica, Bernard Hourcade, chercheur au CNRS et ancien directeur de l’Institut français de recherche en Iran, à Téhéran, a usé d’une métaphore éloquente :

« La bombe, c’est le lièvre, il court très vite, mais c’est souvent la tortue qui gagne. La tortue, c’est la démocratie, elle prend son temps. Mais seule sa victoire permettrait ne pas avoir une bombe, à la fin du jeu. »

Le « lièvre » court vite : dimanche, le président iranien a donc annoncé qu’il ordonnait la production d’uranium enrichi à 20% en Iran, en contradiction avec les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, mettant fin, de facto, aux négociations visant à produire cet uranium enrichi en Russie, sous supervision internationale.

Comme on pouvait le prévoir, Ahmadinejad a provoqué des réactions sévères en Occident. Assez pour montrer à l’opinion publique iranienne que l’Iran est seul contre tous ses ennemis, une « victimisation » qui a marché par le passé.

La fuite en avant d’Ahmadinejad

Il n’est pas sûr que le stratagème marche encore, car, depuis une présidentielle dont une partie de la population estime qu’elle a été truquée pour permettre la réélection d’Ahmadinejad dès le premier tour, la cassure est profonde dans le pays.

Contrairement à ce que pouvait imaginer le pouvoir, tant religieux que politique, la contestation ne s’est pas arrêtée après la répression des folles journées de juin, à l’issue du scrutin. A chaque occasion, bravant les interdits, les Iraniens manifestent, qu’il s’agisse de la « Journée de Jérusalem », des fêtes religieuses chiites de l’Achoura ou donc de l’anniversaire du régime, jeudi.

Une panne providentielle qui a privé d’Internet beaucoup d’Iraniens

La contestation continue également via Internet, là encore malgré les mises en garde et les interdits. La semaine dernière, le gouvernement a mis en garde contre l’appel aux manifestations via SMS ou e-mails, et a prévenu ceux qui mettaient des vidéos en ligne via des proxys (qui permettent de contourner les blocages et les interdits) que la police pourrait les retrouver. Et le réseau Internet iranien a été amputé d’un tiers en raison d’une panne providentielle.

Le 11 février s’annonce comme une journée test, lourde de dangers d’affrontements de rue. Un test pour le pouvoir comme pour l’opposition. Et il est fort probable que la fuite en avant nucléaire de Mahmoud Ahmadinejad n’y changera rien.



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