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Frédéric Koller/Le Temps - C’est un témoignage unique. Celui du chef d’un Etat génocidaire, l’ex-président du Kampuchéa démocratique Khieu Samphan. L’homme qui se savait sur le point d’être déféré devant la justice accepte en 2004 de livrer son récit devant la caméra de Roshane Saidnattar, une Cambodgienne dont la famille fut victime d’un régime qui tua entre 1,5 million et 2 millions de personnes à la fin des années 1970. « Ce n’est pas ce qu’il dit qui est important, je m’attendais aux réponses sur son passé. Mais je voulais savoir comment un ex-dictateur vit, s’il dort tranquillement, s’il mange comme moi. Je voulais comprendre la psychologie d’un homme qui a tué massivement, fermé les écoles et transformé son pays en camps de concentration », explique la réalisatrice dont le film, Au cœur de la folie khmère, est projeté dans le cadre du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) qui se tient à Genève. « Je ne l’ai pas piégé » Ce que dit Khieu Samphan ? Qu’il ne regrette rien, qu’il ne savait pas, qu’il ne voyait pas. Tout juste a-t-il tenté de dire à Pol Pot, le numéro un des Khmers rouges, qu’il pourrait faire autrement. Mais ce régime, devenu fou, il en partageait l’idéologie. Plusieurs années de démarches ont été nécessaires pour gagner la confiance des anciens Khmers rouges et décrocher la première interview de ce retraité qui pensait sans doute pouvoir manipuler la jeune cinéaste pour faire un film de propagande. Le documentaire débute d’ailleurs comme un film de propagande avec les images d’un aimable grand-père, installé dans sa résidence de Pailin, qui s’interroge sur la prochaine récolte et trie les meilleurs morceaux de poulet pour sa petite-fille. Mais les images d’archives viennent aussitôt rappeler en contrepoint l’horreur de la machine khmère. « Quand il a accepté de témoigner, sans qu’il sache qui j’étais vraiment, j’ai apporté un panier de fruits en signe d’hospitalité, explique Roshane Saidnattar. C’était le premier vrai choc. J’offrais à manger à quelqu’un qui m’avait affamé et qui voulait me tuer lorsque j’avais 5 ans, dit la cinéaste qui explique que dès lors les nuits de cauchemars vont s’enchaîner, les morts se bousculant dans son esprit pour demander des explications et justice à leur tortionnaire. Mais la cinéaste ne pose aucune question. Elle tend le micro, pose sa caméra. Elle sait que, dans la durée, on ne peut mentir devant l’objectif. « Je ne voulais pas me venger, mais comprendre. Je ne l’ai pas piégé, il s’est trahi lui-même. » Khieu Samphan n’avoue rien. Au contraire, il est fier de son passé. « Il reste aveugle, prisonnier de son monde utopique. » Arrêté en 2007, il est actuellement jugé pour crime contre l’humanité et génocide. Roshane Saidnattar sait qu’il peut être acquitté pour manque de preuves. Dans ce nouveau rôle, Khieu Samphan s’est muré dans le silence, laissant son principal avocat, Jacques Vergès, prêcher. Elle espère que son film pourra être une pièce apportée à ce procès. Des canards et des humains « Dans le film, il raconte ses tournées dans les campagnes en compagnie du couple royal des Sihanouk. Donc, il voyait, il savait. Il dit aussi qu’il travaillait dans un centre de rassemblement du matériel. Donc, il participait. » Et puis il y a ces propos du vieil homme sur les canards : il démarre un élevage, cela marche, il en a 100, puis 600, puis d’un coup tous meurent sauf trois. Il ne comprend pas. « Les humains, pour Khieu Samphan, sont comme les canards, explique Roshane Saidnattar. Il ne les comprend pas. Quand il est arrivé à la tête de l’Etat khmer rouge, il y avait 7 millions de Cambodgiens. Trois ans plus tard, ils n’étaient plus que 4 millions. La plupart étaient morts, les autres avaient fui. » Roshane Saidnattar - Au coeur de la folie khmère rouge envoyé par fifdhgeneve. - L’actualité du moment en vidéo. Voir en ligne: Le FIFDH
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