L’émir Abdelkader, une démarche universelle des droits humains
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5 avril 06
- Une exposition retraçant l’oeuvre humanitaire de l’émir Abdelkader vient d’être inaugurée au Palais des Nations à Genève.
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Pour rendre hommage au premier résistant algérien à la colonisation française, la mission permanente d’Algérie à Genève avait convié les figures importantes des droits de l’homme à s’exprimer sur cette personnalité du 19ème siècle, peu connue des Occidentaux. Outre Idriss Jazaïry, ambassadeur de l’Algérie à l’ONU, il y avait également Louise Arbour, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Antonio Guterres, du HCR et même un homme d’église en la personne du Père Michel Lagarde pour bénir cette rencontre placée sous l’autel de la tolérance musulmane.
« Nous voulons monter avec cette exposition explique Idriss Jazaïri, arrière petit-fils de l’émir, qu’en matière des droits de l’homme, il existe une longue tradition dans le monde arabe. En fait, le droit humanitaire n’est pas une spécificité propre à l’Occident. Un siècle et demi plus tard, l’actualité internationale nous montre que cette conduite n’a rien perdu de sa pertinence. Il faut également souligner le caractère universel de l’émir qui s’est efforcé tout au long de sa vie de rapprocher les deux rives de la méditerranée. »
Né en 1807 à Mascara (Algérie), l’émir Abdelkader n’a pas seulement été un combattant de la première heure contre l’occupation française, mais également un précurseur du droit humanitaire. Afin de réagir à la cruauté des combats lors de la colonisation de l’Algérie, l’émir prend la décision dès 1837 d’édicter des règles de conduite sur les champs de bataille. Le règlement militaire interdisait la torture et la mise à mort des captifs. Cette charte stipulait les dispositions suivantes :
° Tout Français capturé au combat sera considéré comme prisonnier de guerre et sera traité en conséquence jusqu’à ce qu’une occasion s’offre de l’échanger contre un des nôtres
° Interdiction de tuer un prisonnier désarmé.
° Tout Arabe qui amènera un soldat captif sain et sauf aura une récompense de 8 douros.
L’initiative de l’émir préfigure la Convention de Genève adoptée en 1864. Le sultan aux yeux bleus comme l’appelaient les Français, avait chargé son épouse et sa mère d’apporter soins et réconfort aux prisonniers. L’attention qu’il leur porte est illustrée par une missive adressée à l’archevêque d’Alger : « Envoyez un aumônier dans mon camp (..) Il priera chaque jour avec eux, il les réconfortera. Il pourra leur procurer des vêtements, des livres et tout ce qui peut adoucir les rigueurs de la captivité. »

Une myopie historique
Comme le rappelle dans son message, Jakob Kellenberger, président du CICR : « On fait souvent remonter l’origine du droit international humanitaire moderne au Code Lieber en vigueur durant la guerre de sécession américaine et aux conventions de Genève. Mais se focaliser sur le développement normatif des années 1863 et 64 constituerait une myopie historique. En fait de nombreux textes anciens tels le Mahâbhârata, la Bible ou le Coran contiennent des règles prônant le respect de l’adversaire. »
Après la conférence, l’ambassadeur algérien fait le guide de l’exposition. Il exhibe fièrement le premier daguerréotype de son ancêtre et doit hausser la voix couvrir les cliquetis des services. Les convives sont affamés…