Mirador à Guantanamo. Photo : US Navy
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22 mai 09
- Après la rebuffade du Congrès, le président a affirmé sa détermination à fermer le camp et transférer certains détenus au pays
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Luis Lema/Le Temps, New York - Barack Obama a dû rappeler les Pères fondateurs. Il a dû en appeler à la victoire contre le fascisme et le communisme. A ces valeurs qui ont permis à l’Amérique de se poser « en défenseur des libertés », et de s’appuyer sur des alliés pour mener des guerres cherchant « à fermer les chambres de torture » qu’utilisaient les ennemis. Le président avait choisi jeudi la salle des Archives nationales – là où est gardé l’exemplaire original de la Constitution américaine – pour tracer une ligne directe entre les fondations mêmes de l’Amérique et la fermeture du camp de Guantanamo.
Deux jours après son arrivée à la Maison-Blanche, Barack Obama s’était engagé, au nom des mêmes principes, à fermer le camp où ont été envoyés les « ennemis combattants » de la guerre contre le terrorisme décrétée par George Bush. Mais depuis lors, le débat a pris un tour presque saugrenu à Washington. Mercredi, les membres du Congrès ont rejeté pratiquement à l’unanimité, démocrates et républicains confondus, la fermeture de la prison. Motif : les élus craignent que les prisonniers ne soient libérés aux Etats-Unis, ou à tout le moins, qu’ils soient placés dans une prison fédérale située dans leur Etat, qui les laisserait s’échapper. Not in my backyard, pas dans mon jardin, semble être devenu ainsi la considération ultime des parlementaires.
Forcé de lancer la contre-offensive, Barack Obama leur a rappelé hier qu’aucun détenu ne s’est jamais échappé d’une prison américaine de haute sécurité. « L’idée de ne pas vouloir transférer ces détenus aux Etats-Unis n’est pas rationnelle », a-t-il jugé. Mais il le sait bien : la rationalité, ici, a peu de place, tandis que sénateurs et représentants commencent déjà à penser aux élections du mid-term (en 2010) et que l’ancien vice-président Dick Cheney s’emploie partout depuis des semaines à rallumer les feux en défendant le traitement des prisonniers pratiqué par son administration. « Les membres du Congrès ont aussi promis de respecter la Constitution », leur a lancé Obama dans ce qui apparaît comme l’une des plus grandes dissensions jusqu’ici entre le nouveau président et son parti.
"Un foutoir"
Ne s’en tenant pas aux valeurs et aux principes, Barack Obama est aussi entré dans le détail des catégories de prisonniers de Guantanamo, décrivant comme un « foutoir » (mess) la situation juridique laissée en place par l’administration Bush. Alors que Washington s’est enflammé sur la question, la classe politique semble en effet avoir oublié que tous les détenus de Guantanamo ne sont pas des « terroristes » et que nombre d’entre eux ont déjà été jugés « libérables » par la justice américaine.
Fortement contesté aussi bien à droite qu’à gauche, Obama a rejeté dos-à-dos ceux pour qui « tout est bon » pour combattre le terrorisme et ceux qui réclament « la transparence absolue » au mépris de la sécurité. « Les Américains ne sont pas des absolutistes », commentait-il en insistant sur « l’honnêteté, l’attention et le sens commun » qui doivent guider ses mesures.
"Oui mais" aux détentions sans procès
Barack Obama, ainsi, a défendu le maintien des commissions militaires pour juger certains détenus, à condition que le fonctionnement de ces commissions soit rendu plus transparent et conforme au respect des garanties des prisonniers. Il a aussi admis que certains prisonniers, qui « représentent une menace » pour le pays, continueraient d’être détenus, même en l’absence d’un procès. Il a pris l’exemple de militants d’Al-Qaida qui avait promis allégeance à Oussama ben Laden, ou d’experts en explosifs qui « continuent d’être en guerre contre les Etats-Unis ».
Cependant, le président a souligné à de nombreuses reprises que cette sorte de version miniature de Guantanamo, sans Guantanamo, se ferait dans le cadre de l’Etat de droit. Comme pour prouver que l’essentiel des procédures peut se dérouler au sein de la justice civile, l’administration a annoncé hier le transfert aux Etats-Unis d’Ahmed Ghailani, détenu à Guantanamo pour sa participation supposée aux attentats contre les ambassades des Etats-Unis en Tanzanie et au Kenya en 1998.
Ces arguments longuement exposés (c’était l’un des discours les plus longs du président) ont cependant peu de chances de convaincre le Congrès, jugeaient hier les observateurs. D’autant que, juste après Obama, c’était au tour de Dick Cheney de prendre la parole devant un think-tank conservateur de Washington dans un discours retransmis par toutes les télévisions. « En matière de lutte contre le terrorisme, il n’y a pas de demi-mesures », expliquait l’ancien vice-président en faisant une nouvelle fois l’apologie de la torture (qu’il ne qualifie pas ainsi…) et de Guantanamo. « Car ces demi-mesures laisseront l’Amérique à moitié exposée. »