RD Congo : petites affaires autour du passeport biométrique
la couverture du nouveau passeport congolais.
11 septembre 09 - Depuis avril 2009, le ministère des Affaires étrangères de la RD Congo délivre un passeport biométrique. Malgré les mesures prises pour en faciliter l’obtention, la population doit s’armer de patience et surtout, payer très cher. En cause, les nombreux intermédiaires qui ″aident″ les demandeurs.

Alain Wandimoyi Infosud/Syfia - Annoncé depuis trois ans, le nouveau passeport biométrique est à la disposition des Congolais depuis le 1er avril de cette année. Ce document d’identification des personnes reprend, comme les précédents modèles, des informations imprimées, mais contient en outre une puce électronique renfermant les mêmes données. Il facilite ainsi l’identification et complique sa falsification.

Début juillet 2009, un communiqué signé par le ministre des Affaires étrangères, Alexis Thambwe Mwamba, a précisé les conditions d’obtention de ce document : "Pour avoir un passeport, qui est un droit pour tout Congolais, il faut remplir un formulaire qui coûte 20 $ et payer 150 $". En tout cas pour deux des quatre catégories de passeport congolais : l’"ordinaire", et celui dit "du pèlerin". Et le ministre de promettre un délai de quatre jours pour la délivrance du document, une fois la photo digitale prise.

La vice-ministre des Congolais de l’étranger, Colette Tshomba, elle, avait précisé que les étapes d’obtention étaient : "La prise de l’identité, de la photo, des empreintes digitales, la signature, l’impression du passeport, le contrôle de qualité et le retrait par le requérant."

Très cher…

Depuis cinq mois, c’est donc l’effervescence au siège du ministère à Kinshasa. À l’exception de Lubumbashi, où un bureau provincial est habilité à délivrer le précieux sésame pour l’étranger, les Congolais y affluent de tous les coins du pays, et même de l’étranger, pour obtenir le nouveau passeport. Dès les premières heures de la matinée, c’est un va-et-vient incessant dans la cour intérieure du ministère.

Difficile de dire qui fait quoi, entre visiteurs, intermédiaires et vendeurs ambulants. "Dès mon arrivée au ministère, un intermédiaire m’a proposé de m’accompagner. A sa demande, je lui ai remis 450 $", témoigne Jonathan Bwira, venu de Goma pour son passeport. "Il est revenu avec un formulaire que j’ai complété et avec le bordereau de la banque ; nous sommes allés au service des empreintes digitales. Par la suite, j’ai été convoqué pour la photo. J’ai eu mon passeport en moins d’une semaine", ajoute-t-il. Mais à quel prix ! Au total, Jonathan Bwira a déboursé près de 1 000 $ pour obtenir ce précieux document, voyage et frais de séjour à Kinshasa compris.

Un coût qui soulève la colère de la population. "Le passeport est déjà cher, s’il faut y ajouter les pourboires et pots-de-vin, nous payons le triple du prix officiel", s’indigne un témoin anonyme. "Le ministère exige des sommes énormes pour en faire quoi ?" s’interroge Roger Nfumu, un Congolais de la diaspora. "20 $ pour un formulaire à remplir, c’est trop" a regretté le député Francis Kalombo lors d’une émission sur Congo Web TV.

Au sein même du ministère, les agents abordent la question sans gêne. "Nous travaillons beaucoup, pour un salaire de misère, murmure un agent du ministère des Affaires étrangères. Nous n’avons aucune prime sur l’argent des passeports. La chèvre ne broute que là où elle est attachée." Il se justifiait ainsi auprès d’un intermédiaire qui lui tendait de l’argent et un bout de papier portant un nom.

Ce qui fait croire à certains que ces gens travaillent pour le compte de fonctionnaires. "C’est de la corruption. Nous sommes ici depuis six heures du matin, mais ceux qui payent n’attendent pas autant : ils sont reçus en priorité", fulmine une dame exaspérée.

Faire le ménage

Malgré ces récriminations, les intermédiaires continuent à opérer en toute impunité. Ils vont même jusqu’à menacer ceux qui ne se soumettent pas à leur racket. Comme ces religieuses, rencontrées sur place, qu’ils jurent de faire attendre des mois, s’il le faut. Ces menaces ne découragent pas certains, comme ce journaliste de Kikwit, qui a suivi la procédure normale. "Je viens de payer le montant officiel. La photo et l’enregistrement de la demande se feront dans deux semaines et j’espère bien recevoir mon passeport dans les quatre jours qui suivront", affirme-t-il. Le ministère a promis de faire le ménage autour du bureau des passeports. "Tous les vendeurs, badauds et autres colporteurs vont quitter les lieux, et les agents pourront travailler en toute quiétude", promet un commissaire de police qui a requis l’anonymat.

Dès à présent, le directeur de la Chancellerie et son collègue de la Justice ainsi que deux fonctionnaires du service d’approbation des demandes font l’objet d’une procédure en justice pour violation des procédures d’octroi du passeport. Ils continuaient à délivrer d’anciens certificats de nationalité, malgré l’interdiction prise par le ministère de la Justice il y a 6 mois. Lors de l’émission Dialogue entre Congolais diffusé par Radio Okapi, Bertin Kanunu, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, a pour sa part promis la simplification des procédures de délivrance du nouveau passeport, d’autant que l’ancien devient caduc dès ce mois de septembre.