un des flyers présentés par le Mouvement des créatifs suisses
(Daniel Bartoli)
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14 novembre 09
- Des groupuscules racistes crient leur haine de l’Islam sur la page Facebook du parti nationaliste. L’UDC dit s’en distancier. Mais sa responsabilité est engagée, selon des spécialistes du Net.
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Carole Vann/InfoSud - Des photos qui associent l’islam à des cochons ; un homme enturbanné représenté sous la forme d’un ver, des excréments qualifiés de « miracles d’Allah », des groupuscules ouvertement racistes, comme les « Anti-Jihad », organisation serbe qui s’affiche anti-musulmane, ou les « Anti-Islam », obscur mouvement d’étudiants ; ou encore un forum de discussion contre l’islamisation en Europe intitulé « La Peste Verte » (le vert est la couleur de l’islam). Sur la même page, un remake du paquet de Marlboro rebaptisé « Mohammed » avec l’inscription « L’islam est nocif pour vous et votre entourage ». Voilà quelques exemples de liens que l’on trouve sur le mur de la page Facebook du groupe UDC. Pour cela, il suffit d’accéder à www.svp.ch, la page officielle de l’UDC, de cliquer tout en bas sur « Facebook » … puis d’aller se balader sur les liens amis du groupe.
Eloquente aussi, la galerie photos sur le lien « Anti-Islam ». Très vite, les images islamophobes se généralisent en messages racistes tout azimut. Un noir aux gencives de chimpanzé, le christ nu sur des toilettes, sa tête ensanglantée accompagnée de « Jesus Fucking Christ », des croix gammées, et la liste n’est pas terminée.
Un choix assumé
Face à cette déferlante de propos et d’images incitant à la haine raciale, plusieurs questions s’imposent : comment de tels propos peuvent-ils circuler en toute impunité sur internet ? Les administrateurs du groupe UDC, dont les prénoms – Silvia, Kevin, Lucas, Simon – et les identités sont affichés, ne sont-ils pas responsables d’un contenu illicite auquel le blogueur accède via les liens hypertextes qui se trouvent sur le mur de leur page ? Lorsque que l’on créé un groupe sur Facebook et qu’on en est l’administrateur, on peut accepter ou refuser les “post” qui sont affichés sur le “mur” du groupe. Si le groupe UDC souhaitait se distancier de ces groupuscules, il aurait donc pu le faire, mais il semble qu’il ait plutôt choisi de laisser libre cour à la plus haute xénophobie ou en tous cas islamophobie sur leur site.
Nous avons contacté les administrateurs de la page qui ont accepté de répondre à nos questions. « Il ne s’agit pas du canal de communication officiel de l’UDC, tient à préciser d’entrée de jeu Kevin Grangier, porte-parole adjoint du parti nationaliste. Cette page Facebook est l’initiative de jeunes qui ont voulu mettre en place une plate-forme pour mieux faire connaître les idées de l’UDC et faire réagir les gens sur des questions d’actualité. Nous nous assurons que les publications de l’UDC sur Facebook ne fasse pas appel à la violence. Toutefois, nous sommes conscients que d’autres gens utilisent cette page pour arriver à d’autres fins. »
Au nom de la liberté d’expression
Pour Kevin Grangier, qui parle au nom de tout son groupe, pas question de « censurer » qui que ce soit. « Nous sommes favorables à la liberté d’expression, clame-t-il. Et nous laissons aux gens la responsabilité de leurs propos. Vous trouvez que ces liens sont choquants, votre avis n’est pas forcément celui de tout le monde. Tant que nous ne recevrons pas l’ordre de la justice de retirer ces liens, nous ne censurerons pas. Si la loi nous y oblige, nous le ferons mais contre notre gré. »
Pourtant, le groupe de l’UDC, en tant que prestataire technique sur internet, est sans conteste dans l’illégalité, assure l’avocat Sébastien Fanti, basé à Sion et spécialisé dans le droit des nouvelles technologies. « Il y a eu jurisprudence en Europe, rappelle-t-il. En France, des jugements ont eu lieu. » Et de citer en exemple la condamnation par le tribunal du site Internet "Yahoo ! France" qui a rendu accessible par un lien hypertexte une page de vente aux enchères d’objets nazis sur le site Yahoo.com. L’UEJF (Union des étudiants juifs de France) et la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), estimant que cette exhibition contrevenait au droit pénal français et portait atteinte à la mémoire collective, ont assigné les sociétés YAHOO INC et YAHOO ! FRANCE afin qu’il leur soit enjoint de prendre les mesures nécessaires pour empêcher l’exhibition et la vente de ces objets sur le territoire français. Les plaignants ont eu gain de cause.
« Une plainte suffit »
« Il suffirait que quelqu’un en Suisse dépose une plainte pénale pour violation de la norme anti-raciste, les administrateurs de la page UDC sur Facebook auraient alors de gros problèmes », prévient l’avocat.
Sans aller jusqu’au Tribunal, il s’avère surprenant que l’hébergeur Facebook ne retire pas ces sites. D’autant qu’à côté de chaque lien, la mention « signaler un abus » permet de cliquer pour demander à l’hébergeur d’intervenir et d’interdire un lien jugé illicite. Stéphane Koch, lui même spécialiste internet, a enclenché le processus en signalant les abus, mais sans succès. « Rien d’étonnant, poursuit Sébastien Fanti. C’est le droit américain qui prévaut sur Facebook qui est hébergé là-bas. Le pays est ultra-libéral, pour ces questions, c’est la liberté absolue. »
Et Stéphane Koch de relever une différence flagrante entre YouTube et Facebook. L’UDC avait mis en circulation la semaine dernière un film de propagande, pourtant officiel, contre l’islam sur YouTube. En quelques heures, le film a été retiré du canal internet. « Les systèmes de diffusion sont très différents, explique Stéphane Koch. L’accès est beaucoup plus ouvert sur YouTube, il suffit de répondre à des mots clefs globaux. Alors que l’accès est beaucoup plus restrictif sur Facebook, cela demande de rentrer dans un réseau et d’aller chercher l’information. »
Des créateurs suisses réagissent

C’est Chloé Bitton, chargée de communication indépendante et grande adepte de Facebook, qui a eu l’idée d’aller se promener sur la page de l’UDC. Ce qu’elle a découvert sur le mur l’a estomaquée. Chloé Bitton s’est associée à des graphistes, chargés de communication, cinéastes et artistes pour lancer un appel aux créateurs suisses pour leur proposer de réagir contre la montée en puissance des messages xénophobes de l’UDC.
Le « Mouvement des créatifs suisses » se propose de « secouer les esprits avec les moyens qui sont les nôtres : communication, art et créativité. » « Nous voulons y donner un maximum de visibilité par tous les moyens possibles, explique Chloé Bitton : Facebook, web, expositions…. »
Mail : mouvement.creatif (at) gmail.com
Carole Vann